Au revoir là-haut

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L’histoire

Nous sommes le 02 novembre 1914. A quelques jours de l’armistice (mais ça, on ne le sait pas encore), Henri d’Aulnay-Pradelle lance une offensive sur la côte 113. Seulement Albert MAILLARD, simple employé droit dans ses bottes et d’une probité sans faille, comprend que les deux poilus, prétextes, à cette offensive, n’ont pas été tués par les Allemands mais par Pradelle lui-même.

Pradelle va vouloir se débarrasser d’Albert (tant qu’à être un enfoiré, autant l’être jusqu’au bout). Il y arrivera presque. C’était sans compter sur l’intervention d’Edouard PERICOURT qui va sauver Albert de la mort.

 

Mon avis 

J’avais découvert Pierre LEMAITRE en auteur de policiers. C’est avec plaisir que je le retrouve dans un style complètement différent à savoir le roman « historique ».

Car attention, si vous avez l’habitude de le lire, il paraît (parce que je ne suis pas trop crédible vu que je n’ai lu que deux livres de lui), que ça n’a rien à voir avec ce qu’il fait habituellement. Je vous aurais prévenu 😉

Le roman, basé sur des faits avérés (les arnaques aux monuments aux morts d’après la Première Guerre Mondiale) et sur une phrase d’une lettre magnifique commence très très fort. On est plongé dans les horreurs des tranchées à quelques jours de l’armistice. En ce 02 novembre 1914, la nature humaine va prouver qu’elle peut être à la fois bonne et mauvaise. Cette rencontre entre 3 hommes va sceller à jamais leur destin. L’action de l’un (le lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle) va permettre à Albert et Edouard, que tout oppose, de se rencontrer et d’être redevable l’un envers l’autre d’être en vie. Edouard sauve Albert in extremis de la mort. Albert pense qu’il va sauver Edouard d’une mort plus lente. Sauf que ce dernier, excentrique bourgeois, « gueule cassée » alors qu’il était très beau, ne voudra qu’une chose : mourir.

C’est aussi le roman des désillusions. Albert et Edouard pensent qu’ils vont revenir en héros. Hélas… La Nation a fort fait de les oublier, voire même de les laisser pour compte. C’est pour Edouard que c’est le pire, reprochant même à un Albert démuni de l’avoir laissé en vie. Edouard doit retrouver un sens à sa vie. Et ce sera par son plus grand talent (le dessin) et par son envie d’emmerder le système et surtout son père qui ne l’ont jamais compris qu’il va vivre.

C’est aussi le roman des rendez-vous manqués… Le plus triste étant celui d’Edouard et de son père qui comprend à quel point on aime une personne quand elle n’est plus là (sans trop vouloir spoiler, vous comprendrez en lisant).

C’est aussi le roman des vengeances : d’Henri quand il comprend qu’Edouard et Albert l’ont berné. D’Edouard contre le système et contre son père. De la soeur d’Edouard contre Henri qui est devenu son mari… Et quel mari… Du père d’Edouard contre son opportuniste gendre qu’il déteste par dessus tout.

Au final, il n’y aura qu’Albert qui ne se vengera pas. Le pauvre Albert, héros malgré lui…

Malheureusement, après un début tonitruant, le roman souffre de quelques longueurs. Est-ce pour démontrer à quel point la vie n’était pas facile pour ces anciens poilus, au surplus, gueules cassées ? Je ne sais pas mais je déplore ce rythme un peu anarchique. En effet, la fin, tout comme le début du roman, ne nous laisse pas souffler… Et quelle fin… Tragique et comique à la fois. Excentrique comme Edouard…

La plume de l’auteur est fluide, assez précise (on peut lui reprocher quelques approximations historiques) et structurée. Pierre Lemaître sait nous tenir en haleine. On s’attache aux personnages (y compris les personnages secondaires). Bon, j’avoue, je déteste toujours autant Henri et j’ai bien été contente du sort qui lui a été réservé gniark gniark gniark !

Bonus 1

Avec cette lecture, je clôture mon défi principal pour le challenge des 4 as avec ma lecture masculine.

Bonus 2

Voici la lettre de Jean Blanchard à sa femme dont est extrait le titre :

« 3 décembre 1914, 11 heures 30 du soir

Ma chère Bien-aimée, c’est dans une grande détresse que je me mets à t’écrire et si Dieu et la Sainte Vierge ne me viennent en aide c’est pour la dernière fois…

Je vais tâcher en quelques mots de te dire ma situation mais je ne sais si je pourrai, je ne m’en sens guère le courage. Le 27 novembre, à la nuit, étant dans une tranchée face à l’ennemi, les Allemands nous ont surpris, et ont jeté la panique parmi nous, dans notre tranchée, nous nous sommes retirés dans une tranchée arrière, et nous sommes retournés reprendre nos places presque aussitôt, résultat : une dizaine de prisonniers à la compagnie dont un à mon escouade, pour cette faute nous avons passé aujourd’hui soir l’escouade (vingt-quatre hommes) au conseil de guerre et hélas ! nous sommes six pour payer pour tous, je ne puis t’en expliquer davantage ma chère amie, je souffre trop, l’ami Darlet pourra mieux t’expliquer, j’ai la conscience tranquille et me soumets entièrement à la volonté de Dieu qui le veut ainsi ; c’est ce qui me donne la force de pouvoir t’écrire ces mots, ma chère bien-aimée, qui m’as rendu si heureux le temps que j’ai passé près de toi, et dont j’avais tant d’espoir de retrouver. Le 1er décembre au matin on nous a fait déposer sur ce qui s’était passé, et quand j’ai vu l’accusation qui était portée contre nous et dont personne ne pouvait se douter, j’ai pleuré une partie de la journée et n’ai pas eu la force de t’écrire…

Oh ! bénis soient mes parents qui m’ont appris à la connaître ! Mes pauvres parents, ma pauvre mère, mon pauvre père, que vont-ils devenir quand ils vont apprendre ce que je suis devenu ? Ô ma bien-aimée, ma chère Michelle, prends-en bien soin de mes pauvres parents tant qu’ils seront de ce monde, sois leur consolation et leur soutien dans leur douleur, je te les laisse à tes bons soins, dis-leur bien que je n’ai pas mérité cette punition si dure et que nous nous retrouverons tous en l’autre monde, assiste-les à leurs derniers moments et Dieu t’en récompenseras, demande pardon pour moi à tes bons parents de la peine qu’ils vont éprouver par moi, dis-leur bien que je les aimais beaucoup et qu’ils ne m’oublient pas dans leurs prières, que j’étais heureux d’être devenu leur fils et de pouvoir les soutenir et en avoir soin sur leurs vieux jours mais puisque Dieu en a jugé autrement, que sa volonté soit faite et non la mienne. Au revoir là-haut, ma chère épouse.

Jean »