Le Projet Bleiberg

L’histoire : Jay est un trader dépressif et alcoolique depuis qu’à la suite d’un accident de voiture, il a tué un bébé. Un jour, il reçoit la visite de deux membres de l’armée qui lui apprennent le décès de son père qu’il n’a pas revu depuis des années. Sa mère décède dans la foulée dans des circonstances étranges et le voilà poursuivi par des hommes qui veulent l’abattre. Bien évidemment, il ne sais pas pourquoi… Heureusement, il sera protégé par Buffy (ne rigolez pas, c’est comme ça que Jay l’appelle) et par un agent du Mossad.

Mon avis : j’ai adoré le style de KHARA. Il a beaucoup d’humour et ça transparaît dans les propos de Jay qui malgré les situations extrêmes dans lesquelles il se trouve, arrive toujours à plaisanter.

Je dois dire que je ne m’attendais pas à tomber sur un thriller à la fois historique et politique. Je pensais benoîtement lire un livre historique sur la Seconde Guerre Mondiale. Mais ça ne m’a pas déplu, bien au contraire. Alors d’accord, il m’a fallu quelques connaissances sur le Mossad. Mais dès les premières pages, j’ai été conquise.

Dès le premier paragraphe, on est dans le bain. L’épisode du camp de concentration est à la fois glaçant mais aussi instructif. Les sauts dans le temps peuvent décontenancer. Mais ils permettent de bien appréhender toute l’intrigue.

Les personnages sont très attachants. Jay garde tout son cynisme et son humour malgré les épreuves. Jackie (Buffy) essaie tant bien que mal d’assurer sa mission malgré son manque d’expérience pour l’ampleur de la tâche. Et Eytan (l’agent du Mossad)… Comment ne pas y voir la nounou, témoin des questions autour d’un amour naissant et non avoué…

Cependant, la fin m’a un peu laissé de marbre. Elle n’est pas assez travaillée à mon goût et me laisse un arrière goût de d’inachevée. Tout au long de la lecture, on se demande, on élabore des hypothèses. Et la fin arrive, comme ça, en un chapitre unique. C’est un peu décevant même si ça ne change pas mon opinion générale.

 

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Le corps exquis

L’histoire : Perversion des âmes et poésie du macabre au service d’une des fictions les plus noires jamais publiées sur les serial killers : sans concession, choquante, répulsive. Un roman fascinant et extrémiste. Un livre violent dont aucun lecteur ne sortira indemne.

Mon avis : j’ai lu pas mal de critiques sur ce livre et ce qu’il en ressort, c’est « écoeurant », « malsain », « à vomir » etc. J’ai envie de dire, pas plus qu’un dossier d’instruction. De deux choses l’une : soit je suis aussi timbrée que Jay ou qu’Andrew, soit, malheureusement, je m’habitue au pire du pire de l’espèce humaine. Je préfère la seconde option.

Alors oui c’est dur à lire. Alors oui, c’est cru. Oui rien n’est suggéré, tout est montré. Et le fait qu’on parle de serial killers, sidéen, pervers à souhait n’aident certainement pas. Amateurs de Walt Disney, passez votre chemin !

Mais au final, passée la sensation de dégoût, il se dégage de la plume de Poppy Z  Brite une telle poésie… Malgré tout, malgré leur perversité, Jay et Andrew aiment leurs victimes. Et c’est cet amour qui est sublimé par l’écriture de l’auteure.

L’auteure a un style très fluide… Au départ, le fait qu’on découvre les deux personnages principaux séparément m’a un peu déstabilisée. J’ai été même un peu déçue qu’ils se rencontrent si tardivement. Mais après, quel feu d’artifice !

Grâce au Baby Challenge, je suis tombé sur ce livre, que je n’aurais jamais lu sinon, ce livre étant désormais quasiment introuvable…

De l’eau pour les Elephants (LDPA6)

 

L’histoire : Jacob, veillard qui ne connaît même plus son âge, croupit dans une maison de retraite. Un cirque s’installe à côté de chez lui. L’occasion pour lui de se souvenir de l’époque où il n’est qu’ un étudiant parmi tant d’autres dans l’Amérique de la crise de 1929. A quelques jours de ses examens finaux de véto, ses parents meurent dans un accident de voiture, le laissant non seulement orphelin mais également sans un sou. Jacob n’arrivera pas à passer ses examens. Il ne pourra reprendre la succession de son père. Il part et le hasard fait qu’il croise un train…

Mon avis : j’ai repoussé cette lecture un bout de temps. Je ne sais pas pourquoi mais il ne me tentait pas plus que ça… Et je dois dire que de savoir qu’un film en a été tiré avec Robert Pattinson dans le rôle de Jacob ne m’a pas aidée non plus. Je peux remercier Kynicky qui me l’a choisi dans le cadre du challenge LDPA6. Et puis, je fais d’une pierre deux coups parce qu’en plus, ça me fait ma 12 eme lecture dans le cadre du BAby Challenge lectures contemporaines.

J’ai été de suite happée par l’histoire tout comme Jacob a été happé par ce train. Il arrive un moment où on doit faire un choix quant à son avenir. Pour Jacob, ce choix se limite à sauter dans ce train pour l’emmener loin, très loin. Aurait-il pensé en y grimpant qu’il serait rattrapé par son « destin » de vétérinaire ? Je ne le pense pas… Parfois la destinée n’est que le simple fruit du hasard.

Avec ce train, Jacob va découvrir un monde tout à fait inconnu : celui du cirque. Il va surtout découvrir l’envers du décors. Parce que derrière les rires et les paillettes, se trouve un monde beaucoup plus violent. Il faut être constamment derrière ses gardes dans ce monde codifié, où les artistes ne côtoient pas les tchécos, où les hommes sont moins bien traités que les bêtes. Un monde dans lequel Jacob apprendra qu’il n’est rien dans cet échiquier.

Quelle entrée dans le monde des adultes… Comme rite initiatique, on ne fait pas mieux qu’un cirque ! On a vite intérêt à grandir et à devenir un homme… Mais Jacob, bien que très jeune, trouvera des vraies valeurs telle que l’amitié. Il sera conforme à ses opinions. Il ne supportera pas toute cette violence, surtout celle faite aux animaux.

J’ai beaucoup aimé les allers/retours dans le passé de Jacob. Et le Jacob actuel, ce vieux croulant, m’a beaucoup émue avec ses réflexions de petits vieux, sa conscience du temps qui passe et de ses ravages. Il m’a beaucoup fait penser aux petits vieux que je vais rencontrer régulièrement…

 

 

Inconnu à cette adresse

L’histoire : Max et Martin sont amis et galéristes associés. L’un est juif et américain, l’autre allemand. Martin retourne en Allemagne alors qu’un nouveau courant politique monte crescendo : le nazisme.

Les deux amis entretiennent une correspondance assez soutenue, jusqu’au moment où la politique aura raison de leur amitié.

Mon avis : je ne savais pas que l’auteur avait publié ce livre en 1939 (même si en France, il faudra attendre sa publication en 1999). Le savoir donne une toute autre dimension à cette oeuvre. On peut penser non sans mal que l’auteure a joué avec le feu tout comme Max qui continue à écrire à Martin malgré le fait que ce dernier lui demande d’arrêter.

Revenons sur le fond. Max est juif. Martin, allemand. Tant que ce dernier est aux Etats-Unis, ça ne semble pas lui poser problème. Mais quand il revient en Allemagne, à Munich qui plus est, et qu’il découvre l’idéologie nazie, il ne supporte plus son ami.

Bourrage de crâne ou volonté de se faire bien voir par le Parti ? J’avoue que je me suis souvent posée la question. Certains passages sont assez énigmatiques.

Mais non… Tout en t’écrivant, et en me laissant aller à l’enthousiasme suscité par ces visions si neuves, je me dis que tu ne comprendrais pas à quel point tout cela est nécessaire pour l’Allemagne. Tu ne t’attacheras, je le sais, qu’aux ennuis de ton propre peuple. Tu refuseras de concevoir que quelques uns doivent souffrir pour que des millions soient sauvés. Tu seras avant tout un juif qui pleurniche sur son peuple. Cela je l’admets. C’est conforme au caractère sémite. Vous vous lamentez mais vous n’êtes pas assez courageux pour vous battre en retour. C’est pourquoi il y a des pogroms.

Pan ! Dans les dents ! je me mets aisément à la place de Max qui reçoit ce courrier et la violence des propos en pleine face. Comment concevoir que son ami puisse changer à ce point d’avis ? D’ailleurs, lui même ne le comprend pas et lui demande instamment des explications. En réponse, que reçoit-il ? Une fin de non recevoir. Même quand Max lui demande de veiller sur sa soeur, Griselle, qui a été autrefois l’amante de Martin, ce dernier reste silencieux.

Dès lors, je me suis demandée pourquoi Max continuait à écrire à Martin ? Est-ce par vengeance en sachant que ça finirait par le faire tomber ? J’en suis quasiment persuadée. La méchanceté appelle la méchanceté.

Je m’aperçois, avec un peu d’effroi et d’angoisse, combien ce livre est actuel. Sans vouloir rentrer dans la polémique, quand je lis certains commentaires sous des articles de presse, je m’aperçois que l’incompréhension entre les peuples et les races existe toujours. Sauf qu’au lieu de transparaître dans une correspondance privée, elle devient de plus en plus publique.

La pièce éponyme avec Thierry Lhermitte et Patrick Timsit passe par chez moi au mois d’Octobre. Comptez-sur moi pour y être…

Et voici une lecture dans le cadre du Baby Challenge lectures historiques !

La Ballade de Lila K

 

L’histoire : un jour, Lila est brutalement arrachée de son cocon et sa mère enlevée par des hommes en noir. Lila est amenée dans un centre, mi-pensionnat, mi-prison où elle va grandir, tenter de se souvenir de son passé et apprendre à vivre.

Mon avis : j’avais déjà lu du même auteur, Une pièce montée, que j’avais particulièrement bien aimé. Mais là, je dois dire que c’est un réel coup de coeur. Une fois commencé, je l’ai dévoré en 2 jours. Je n’arrivais pas à m’en détacher.

L’histoire est très prenante. Dès le début, Blandine Le Callet nous prend et ne nous lâche pas. Elle manie très bien le suspens. Au début, on veut comprendre ce qu’il s’est passé pour que Lila soit amenée dans ce centre et sa mère arrêtée. Petit à petit, elle nous dévoile des pans, des indices. On se surprend, au fil des pages, à s’apercevoir que nous sommes entre 2095 et 2109, que le monde a bien  changé, qu’on est surveillé de toutes parts (y compris nos urines par des toilettes révolutionnaires), que les naissances sont contrôlées. Sur ces points, comment ne pas y voir un clin d’oeil à 1984 de Georges Orwell ou le Meilleur des Mondes d’Huxley. Ainsi, en plus de cette ballade initiatique de Lila, l’auteure nous offre une critique d’un monde, peut être pas si éloigné du nôtre (les grammabook m’ont énormément fait penser à nos tablettes actuelles).

Les personnages, même si de prime abord, peuvent être détestables (je n’ai pas beaucoup aimé Fernand), deviennent attachants. Je craignais un peu le découpage un chapitre/un personnage (en gros) mais au final, il y a une certaine cohérence et une certaine fluidité dans l’intrigue. Et la plume de Blandine Le Callet est exceptionnelle. Ca aide aussi !

Rassurez vous. On apprend toute à la fin le passé de Lila. C’est elle qui nous le révèle… Mais je ne vais rien vous dire, petits curieux 😉

 

Avec cette lecture, j’en suis (si je compte bien) à 11 livres lus dans le cadre du baby challenge lectures contemporaines. Plus que 5 et j’atteins mon objectif !

 

La mort est mon métier

 

 

 

L’histoire : Rudolph Lang grandit sous la terreur d’un père qui lui impose un culte de la religion assez strict. Il lui impose aussi une vocation toute tracée : il entrera dans les Ordres. Sauf que Rudolph veut embrasser une carrière militaire. La mort de son père et la Première Guerre Mondiale vont lui permettre de s’engager et de découvrir une rigueur et une obéissance qu’il aime par dessus tout. Et ce sont cette rigueur et ce sens du devoir qui vont lui permettre de se faire « remarquer » par le Führer qui va lui confier une mission importante : mettre en place la Solution Finale.

Mon avis : ce roman, je l’ai dévoré en 2 jours. L’écriture est très fluide et on est de suite absorbé par l’histoire.

Je me suis toujours demandé pourquoi et surtout comment des hommes ont-ils pu imaginer tout ça. Je pensais avoir un semblant de réponse avec ce livre. On aurait pu trouver un semblant d’explication dans son enfance, avec ce père tyrannique. Ou alors, dans les genres de tocs qu’il développe (compter les pas et les aller/retour dans la cour de récré). Mais non, pour Rudolph, s’il a fait ce qu’il devait faire, c’était parce qu’il fallait obéir. Son sens du devoir est beaucoup plus supérieur à sa propre conscience. Et c’est ça qui est le plus intolérable et impardonnable… Au final, on se demande même s’il détestait les Juifs

« C’est difficile à expliquer. Au début, j’éprouvais une impression pénible. Puis, peu à peu, j’ai perdu toute sensibilité. Je crois que c’était nécessaire : Sans cela, je n’aurais pu continuer. Vous comprenez, je pensais aux juifs en terme d’unités, jamais en terme d’êtres humains. Je me concentrais sur l’aspect technique de ma tâche »

Certains ont eu le courage de leurs actes et surtout la conscience de ce qu’il faisait, à l’instar de Setzler qui a préféré le suicide à la continuation de cette extermination. Mais ça, Rudolph ne peut le comprendre. Tout comme le suicide d’Himmler. Pour lui, c’est une pure trahison et c’est bien pire que l’extermination des juifs.Au final, à la question : comment a-t-il pu bien faire ça ? La réponse est simple : il était dépourvu de toute Humanité…

 

Avec cette lecture, je fais d’une pierre deux coups : je raye une lecture dans le cadre du Baby Challenge Lectures Historiques et je conclus le Challenge LDPA5 que je fais avec Poisonauchocolat !

historique

Monsieur Malaussène

L’histoire : cette fois, Benjamin a fort à faire entre Jérémy qui crée une pièce de théâtre, un héritage  un peu lourd à gérer, un cinéma à sauver et un bébé dont il faut préparer la venue (surtout d’un point de vue émotionnel)

Mon avis : Tout au long de la lecture, je me suis dit « tiens, c’est bizarre, il lui arrive rien à Ben… ». C’était sans compter sur Daniel Pennac qui a décidé, pour une fois, de laisser se décanter les choses.

Au début, l’auteur se borne à jouer avec les sentiments des principaux personnages suite à la grossesse de Julie. Mais, en bon conteur qu’il est, Pennac distille des éléments sans qu’on s’en rende compte, sur l’intrigue principale.

Et on ne voit pas arriver ce qu’on attend tous :  les faits reprochés à notre bouc émissaire ! Et après, tout s’enchaîne à une vitesse ! On en perd la tête et notre latin… On hésite, on revient sur notre lecture : a-t-on bien lu ? Est-ce un coup de théâtre ? Est-ce une illusion (thème archi présent dans cet opus)? Est-ce réellement possible ces conditions de détention ? Et ce procès ? En revanche, j’ai été un peu déçue par la fin de l’intrigue et la révélation du commanditaire des meurtres… C’était trop brutal pour moi voire trop simpliste…

Bref, un bon Pennac avec tous les éléments qui m’ont séduites : la plume fluide, l’humour décapant et de l’humanité…

Une citation :

Une erreur judiciaire est toujours un chef-d’oeuvre de cohérence

Je fais d’une pierre deux coups avec cette lecture !

Un livre de lu dans le cadre du Challenge Daniel Pennac organisé par les Livres de Georges + un  de moins dans la liste des lectures du baby challenge lectures contemporaines